Florence Berthout : sous le givre, la rage

La froideur apparente et l’hyperactivité de la nouvelle maire UMP du 5e tranchent avec la personnalité de Jean Tibéri, son prédécesseur.

À 51 ans, la municipale pour le 5e arrondissement était le premier combat politique que Florence Berthout menait en première ligne. ©JulieGuérineau
À 51 ans, la municipale pour le 5e arrondissement était le premier combat politique que Florence Berthout menait en première ligne. ©JulieGuérineau

Ce soir du 12 février, la minuscule permanence de campagne de Florence Berthout a des allures de rame de métro à l’heure de pointe. Journalistes et photographes se marchent sur les pieds, les perches s’emmêlent et les caméras s’entrechoquent. Encadrée par les hautes statures de Jean-François Copé et Nathalie Kosciusko-Morizet, Florence Berthout fait figure de brindille. Du haut de son mètre soixante, elle jubile. Pour la première fois depuis qu’elle s’est lancée à la conquête du 5e arrondissement, les projecteurs sont braqués sur elle. Depuis des mois, le spectre du clan Tibéri plane au-dessus de sa candidature. Mais une fois de plus, alors qu’elle présente sa liste, la presse la délaissera au profit des cadres de l’UMP. C’est pourtant elle qui, deux mois plus tard, délogera Jean Tibéri de son trône.

Pendant des années, la candidate de 51 ans a évolué dans l’ombre des grands ténors de la politique. Aux côtés de Roger Romani d’abord, puis de Jean-François Copé et de Dominique de Villepin. Sa nomination à la direction générale du Parc et de la Grande Halle de la Villette en 2007 la propulse sur le devant de la scène. Mais le cheminement a été long avant que Florence Berthout décide de s’exposer. « Mon parcours politique assez tardif vient de la crainte que j’avais de devoir tirer un trait définitif sur ma vie de famille, explique-t-elle. C’est un tempérament que j’ai hérité de mon milieu familial. J’ai besoin de garder une part d’intimité, un jardin secret ». Née dans les Yvelines, Florence Berthout a grandi en Haute-Vienne dans une famille d’agriculteurs catholiques gaullistes.

Pendant la campagne électorale, cette pudeur a souvent été perçue comme de la froideur. « Au début, elle m’a paru distante, brute de décoffrage, se souvient Paul Le Bon, jeune militant UMP. Les premiers jours j’avais même peur d’aller vers elle. » Un trait de caractère qui contraste radicalement avec la personnalité (très) généreuse de Jean Tibéri. « Elle n’est pas dans une démarche de séduction, précise le mari de Florence Berthout. Ce qui peut être considéré comme de l’antipathie, est une forme de pudeur qui lui vient de son éducation, où on ne s’épanche pas sur ses sentiments. » Pour justifier cette réserve, la nouvelle maire évoque son père. « Il tutoyait très peu et très difficilement. Nos parents nous ont aussi appris à ne jamais nous plaindre ».

« Fascinée par la façon dont Chirac menait ses campagnes », Florence Berthout a fait sienne une phrase de l’ancien Président : « Lorsque j’engage un combat, il ne me vient pas à l’idée que je puisse perdre ». Les militants qui l’ont accompagnée décrivent une chef d’équipe qui n’a jamais montré le moindre signe de faiblesse ou de doute. Le combat a pourtant été rude. « Évidemment qu’il y a eu des moments d’abattement, reconnaît-elle. Mais même si je ne savais pas si j’allais gagner, j’ai toujours été convaincue que c’était possible ». Pour son mari, qui l’a soutenue tout au long de cette campagne éprouvante, « ne pas douter dans ce genre de circonstance, ce serait de l’outrecuidance. Mais en tant que chef d’équipe il était de son devoir de ne pas le montrer ».

« Ne jamais se laisser  emporter par ses passions,
quelle que soit l’âpreté du combat »

Ne pas geindre, cacher ses émotions, ses incertitudes, sa fatigue aussi. Son entourage avoue s’être inquiété quand elle s’est jetée corps et âme dans la bataille. Prise de violentes migraines pendant des réunions d’appartement, il lui est arrivé d’aller vomir avant de continuer comme si de rien n’était. « Son moteur, ce n’est pas l’ambition, c’est l’action, affirme son mari. Elle ne s’arrête jamais, même en vacances. On s’est vraiment demandé si elle tiendrait avec cette énergie pendant six mois ». Près de deux semaines après son élection, la fatigue n’a pas entamé son hyperactivité. Elle se lève, s’assoit, se ressert quatre cafés, réajuste sa mèche blonde. Mère de deux filles, elle affirme avoir hérité cette force d’une « longue lignée de femmes énergiques qui vivent très longtemps, et bossent sans arrêt».

Pour Guilaume Jean, jeune militant UMP, cette détermination farouche peut être intimidante. « Ce que certains ressentent comme de l’agressivité, c’est de la fougue. Elle a une présence physique très imposante et un côté rentre-dedans qui peut être mal interprété. » Florence Berthout le reconnaît : « J’ai un tempérament assez volcanique, je peux être très directe. Mais dans la vie politique, il est impératif de ne jamais se laisser emporter par ses passions, quelle que soit l’âpreté du combat ». Elle raconte ne pas avoir versé une seule larme le soir de sa victoire alors que tout le monde pleurait autour d’elle. «Je pensais déjà à l’après. »

Parcours de Florence BerthoutNe jamais être dans l’excès. Ne jamais s’enthousiasmer outre mesure, ne jamais se laisser démoraliser en cas de coup dur. Celle qui a dû affronter le tempérament de feu de Xavière Tibéri pendant sa campagne cultive l’équilibre. La technique a été payante. Après avoir essuyé sans broncher les insultes les plus virulentes de la part de la famille Tibéri, elle s’est finalement alliée avec le « clan » pour emporter la victoire. Dimanche prochain, elle s’installera dans le siège que Jean Tibéri a occupé pendant près d’une trentaine d’années. Cette fois, Dominique, qui se voyait déjà succéder à son père, devra rester dans l’ombre de Florence Berthout.

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